Retour sur les 3 dernières manifestations sur Toulouse en soutien à Théo et à toutes les victimes de violences policières (quelques explications concernant l’affaire et les évènements qui ont suivit en fin d’article).

> Concernant la première manifestation du 07 février, un bref article avec une vidéo est déjà en ligne ici

> Le samedi 11 février (2017), un rassemblement place du Capitole est finalement parti en manif vers 15h30.

Le « Comité 31 vérité et justice pour Adama et pour toutes les victimes des violences policières et du racisme d’État » a appelé à se réunir le samedi place du Capitole afin de demander justice et vérité pour Théo.

Rapidement un cortège s’est formé, scandant « La police assassine, la justice acquitte ».

Nous étions environ 500 personnes à défiler dans les rues de Toulouse à faire entendre nos voix. Notre entrain n’a pas fléchi, malgré les 5 kilomètres que nous avons parcouru.

La composition du cortège était très hétéroclite ; des personnes de différents milieux sociaux, de tout âge, engagées dans diverses luttes, etc.

Assez rapidement, les CRS et bacceux nous ont bloqué la voie, nous dirigeant hors du centre ville. Ils nous ont ainsi contraint à passer par le Pont-Neuf et de façon plus générale à nous diriger vers les Arènes.

Voici un petit plan afin de vous situer :

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En bleu notre parcours et en rouge les barrages de police.

Tout le long du trajet des agents de la BAC longeaient le cortège sur les côtés. Alors que nous étions là afin de dénoncer les abus de la police, cette présence sans discontinue a été perçue comme une réelle provocation. Ainsi, à plusieurs reprises ces policiers ont été hué et invité à s’en aller, notamment avec des « cassez-vous ».

Arrivé aux Arènes un hommage a été rendu aux victimes des violences policières. Sur la vidéo les 12 dernières minutes sont consacrées à la liste des victimes du site urgence notre police assassine.

Photos en fin d’article.

Vidéo de la manif  ->

> La dernière manif en date à l’heure ou j’écris cet article est celle du mercredi 15 février.

Un appel autonome à se rassembler à Saint-Cyprien a été relayé dès le 13 février, notamment sur IAATA (site d’information libre toulousain).

Si l’effectif des forces de polices pour les deux précédentes manifs était assez faible, pour ce dernier rassemblement le dispositif était véritablement disproportionné par rapport à notre nombre. Des CRS étaient présents de tous les côtés de la place et des bacceux étaient postés assez proches de nous. Au début nous étions environ 60. Des tentatives de départ en cortège ont eu lieu. Ils ont tout d’abord échoué ; suite à cela une importante partie des personnes présentent sont peu à peu parties.

Nous n’étions plus qu’une trentaine, mais nous avons décidé de partie en manif sauvage. Si nous n’étions pas nombreu-ses, nous avons donné de la voix, même si la BAC nous suivait de très près, nous entourant des deux côtés. Des motos de police nous escortaient également. Les cars de CRS (plus de 12) nous ont doublés afin de nous bloquer plus loin.

Arrivé-es à Compans Caffareli, nous avons décidé de traverser le boulevard en scandant « Justice pour Théo »afin d’être vu et entendu. Un policier a alors dit à un camarade « là ça va pas être possible ». Les CRS bloquaient le boulevard en face de nous. Nous avons alors décidé de retourner sur le trottoir, sur la droite afin de continuer, mais un des bacceux a crié « On bloque là! » et ces derniers nous ont bloqué la voie. Ils nous ont alors nassé. La scène était assez irréelle : nous étions à peine trente et le dispositif policier employé rien que pour nous était invraisemblable. Ils ont pris nos identités ; des personnes ne les avaient pas sur elles, mais ont pu malgré tout repartir sans être amenées au poste. Certains ont été fouillés.

Voici la vidéo de la manif -> 

> Rappel des évènements :

Vous connaissez sans doute l’histoire : 2 février 2017, Théo 22 ans, habitant d’Aulnay-Sous-Bois, est témoin d’un contrôle de police abusif. Il décide d’intervenir. Il est passé à tabac, humilié et violé. Un des policier a introduit volontairement sa matraque dans ses fesses, provoquant une section du sphincter anal et une lésion du canal anal de dix centimètres de profondeur. Cela lui a valut 60 jours d’interruption totale de travail.

Alors qu’il est gravement blessé il est d’abord amené au commissariat et non directement à l’hôpital. Sur le trajet des policiers l’insulteront de « bamboula » et autres insultes racistes. Au vu des lésions importantes, un des policier du commissariat demandera à ce qu’il soit amené à l’hôpital.

Voici son témoignage

Il s’agit là d’une énième agression policière. Cette dernière ayant été filmée et relayée sur les réseaux sociaux, l’affaire fait la une de tous les grands médias de masse. Mais il ne s’agit pas d’un « fait divers » ou d’une « bavure ». Il s’agit d’une réalité systémique, d’un incident parmi bien d’autres.

Pour beaucoup de personnes les violences policières sont un quotidien. Pour les habitant-es des quartiers populaires ce sont parfois une dizaine de contrôles d’identités au faciès chaque jour, à but d’intimidation et d’humiliation (insultes, menaces et violences physiques régulières). Dans certains quartiers, une brigade spéciale a été mise en place, remplaçant la UTeQ (unité territoriale de quartiers) : la BST (brigade spécialisée de terrain de la police nationale), décrite comme « plus musclée ».

Suite au viol de Théo, incident faisant déborder un vase déjà bien trop rempli, des émeutes ont rapidement éclatées à Aulnay-Sous-Bois et se sont répandues dans toutes la fRance. Dans la nuit du 6 au 7 à Aulnay les policiers ont tiré à balles réelles …

Autre provocation, la préfecture de police souhaitant « redorer son blason » a répandue une fausse information ; un CRS aurait vaillamment sauvé une fillette d’une voiture mise en feu par de « vilains casseurs ». La réalité était pourtant assez différente : la voiture en question n’était pas en feu et la personne ayant secouru la fillette était un jeune de 16 ans habitant du quartier. Mentir à ce point montre le manque de légitimité de la police qui cherche à tout prix à se placer en « gardien de la paix », alors que sa fonction est toute autre.

Il paraît assez vain d’attendre quelque chose de cette justice ; la police des police (l’IGPN) prétend qu’il s’agirait d’un accident et non pas d’un viol. Or, selon l’article 222-23 du code pénal : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle. » Les garants de la « justice » ne respectent pas eux-même leurs propres lois.

Vous pensez toujours que la justice n’est pas laxiste sur ce genre d’affaire ? Pourtant le 29 octobre 2015 un habitant de Bobigny se fait déchirer l’anus à coup de matraque sur 1,5cm. L’affaire n’a toujours pas été jugée et le procureur requiert seulement 6 mois avec sursis et un an d’interdiction d’exercer … Le délibéré aura lieu le 20 février : plus d’informations ici.

Autre élément choquant : le policier poursuivi pour le viol de Théo a décidé de porter plainte contre ce dernier … Si cela peut paraître de prime abord perturbant, il faut savoir qu’il s’agit là d’une méthode policière assez courante. Afin de masquer leurs méfaits et de faire des exemples (parfois également afin de gagner quelques indemnités ou de se présenter en victimes), de façon très régulière (par périodes de mouvements sociaux d’ampleur nationale encore d’avantage) des personnes sont interpellées arbitrairement et bien souvent dans une violence inouïe (visage en sang, fractures, hématomes, etc.) afin d’être accusées de violence, d’outrage ou de rébellion. Elle sont ensuite placées en garde à vue (parfois directement en détention pour quelques jours voire d’avantage). Si certain-es parviennent à s’en sortir sans rien, trop souvent des personnes accusées sans preuve prennent de lourdes peines de sursis ou de ferme.

L’impunité policière se retrouve également dans les différents milieux militants ; des Zads aux manifestations de tout bords en passant par des actions d’occupation ou de blocage. Les moyens employés sont toujours disproportionnés, des flashballs aux grenades en passant par le passage à tabac à coups de matraques et de rangos.

L’objectif est de terroriser celles et ceux qui dérangent, de par leur simple existence ou de par leurs idées politiques.

Soutien aux innombrables personnes ayant été tabassées, mutilées, humiliées, violées et tuées par la police.

Il est urgent de se réunir ensemble, dépassant nos différences et nos divergences de moyens d’actions, afin de former des réseaux solides et de créer un autre monde moins pire que celui-là.

-> Photos de la manifestation du 11 février :

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Nad ~

 

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