Intro :

Voici un petit article qui, je l’espère, vous offrira un aperçu des deux grosses journées de mobilisation à Paris au moment du premier tour des élections présidentielles 2017.

Dans un tel moment de crise, où l’espoir de changement par les urnes est révolu pour beaucoup d’entre nous, il me paraît nécessaire et fort de rappeler que le vote le plus puissant est notre refus d’un tel système, de telles injustices, et que de nos actions ou inactions peuvent se jouer bien des choses.

Occuper la rue permet de hisser une voix (-e ;)) que les politiques et médias « dominants » ne veulent pas entendre ; celle d’un besoin de révolte dans un monde où elle est réprimée, celle de la résistance face à une société gangrénée d’idéologies fascistes, sexistes, racistes, hétéro centrées, specistes, validistes, etc. et celle de la proposition d’un autre chose de nouveau et de radicalement différent.

Bref, voici des vidéos, photos et écrits sur ce que j’ai pu voir lors du week-end du premier tour !

PS : Je vous invite à lire/regarder jusqu’au bout ; la journée du 23 avril ayant été particulièrement violente, même s’il s’agit du second sujet abordé dans l’article (c’est juste une question d’ordre temporel), je pense qu’au moins la vidéo de cette soirée est à visionner.

Mon aperçu de la journée du samedi 22 avril :

A 14h un rassemblement « unitaire », issu de divers appels (des syndicats aux orgas autonomes) place de la République à Paris réunissait plus de 3000 personnes.

Après de longs discours sur la place, un cortège fini par se former direction Bastille.

Comme dans chaque grande ville, des affichages publicitaires JCDecaux grouillaient sur notre parcours, inondant les rues de publicités sexistes, spécistes, etc. Afin de lutter contre cette pollution aux conséquences souvent banalisées, des personnes ont dégradés ces outils capitalistes presque tout le long de la manifestation, y taguant régulièrement des messages percutants (cf. vidéo et photos.).

Un effectif policier important, avec des crs et bacceux à chaque croisement de rue. La seule utilité de leur présence était de faire monter la tension, notamment lorsque deux d’entre eux ont pointé leurs flashballs sur la foule durant un long moment.

Quelques projectiles de petite taille ont été jetés sur les crs en armure. Deux-trois guichets de banque ont été redécorés (il s’agit là d’actes engagés ; les banques sont le symbole même du capitalisme et de toutes les conséquences néfastes qu’on lui connait).

Juste à l’arrivée à Bastille les crs ont gazés abondamment la foule (grenades), la divisant un petit moment (des journalistes étaient littéralement en train de suffoquer me suppliant presque du serum phy, j’étais désolée de ne pas en avoir sur moi et les medics (les soignant-es présent-es dans les manifs) étaient de l’autre côté des lacrymos …).

Profitant du nuage lacrymo, des personnes ont tagué une boutique BMW.

Arrivé-es à Bastille, quelques tags ont été apposés sur la palissade (de chantier ?) entourant le monument de la place. A ce moment comme tout le long du parcours, des tags et affiches appelants à se mobiliser le lendemain lors de la « nuit des barricade » à l’occasion des résultats du premier tour ont été massivement apposés.

Ainsi se terminait cette journée de mobilisation.

Ma vidéo du 22 avril ->

Mes photos de cette journée ->

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Mon aperçu de la journée du dimanche 23 avril :

  • Je vais essayer d’être brève. Vers 19h nous étions assi-ses sur les marches de l’opéra de la place de la Bastille, puisqu’un appel à se rassembler après les résultats avait été donné avec pour nom d’appel « la nuit des barricades ». Mais depuis quelques heures les crs s’étaient déjà installés, et c’est plus de 150 camions qui étaient placés au niveau de toutes les rues de la place. On pouvait voir la nasse arriver, les rues qui allaient se fermer d’un moment à l’autre.
  • Nous descendons des marches. Des fumigènes sont allumés, l’ambiance est assez festive.  Puis nous apprenons le résultat du premier tour ; Macron/Lepen. Des « ni Lepen ni Macron ! » « , « ni banquier ni raciste/fasciste ! » sont alors scandés.
  • La place est cernée par les crs. Toutes les rues sont bloquées, nous sommes enfermé-es à ciel ouvert. Nous ne pouvons faire autre chose que de manifester en faisant le tour de la place. Plus de passant-es, plus de possibilité de sortir.
  • Des planches en bois sont arrachées afin de faire des barricades. Cette seule action suffit pour que les crs se dirigent vers nous, commençant à nous envoyer des gaz lacrymogènes. Des projectiles leur sont alors jetés dessus, notamment des bouteilles en verre qui rebondissent sur leurs boucliers.
  • Ils avancent de plus en plus, restreignant rapidement la taille de l’espace dans lequel nous sommes enfermé-es. Ils gazent à bout portant à plusieurs reprises, puis se mettent à charger.
  •  Une jeune femme est attrapée, très probablement matraquée à la tête et jetée sur des débris de verre. Elle est au sol, au début personne ne sait si c’est grave ou non, on appelle les médics. Il s’avère qu’elle a le cou ouvert et que l’hémorragie est importante (ainsi qu’une grosse bosse ouverte à la tête). Des médics la prenne rapidement en charge. Chose que je n’avais encore jamais vu : un crs se penche sur elle afin d’aider les médics. Elle panique d’avantage ; ce crs expliquera aux medics qu’il a des compétences de sauvetage et essayera de calmer ses collèges. Malheureusement alors que la victime était au sol et que l’on attendait sa prise en charge par les pompiers, un crs se met à pousser au cou une personne, puis ils sont plusieurs à gazer à bout portant sur la foule, alors même que la blessée est juste en dessous. Indignation, colère, tristesse, le silence se fera rapidement afin de ne pas aggraver la panique de la victime.
  • Mais tout à coup une femme se fait violemment attraper par des crs ; des personnes crient « c’est sa maman ! ». C’est assez dur émotionnellement ; les flics qui avaient blessés gravement, peut-être mortellement (à ce moment on ne savait pas) une jeune femme empêchait sa propre mère de venir la soutenir et la molestait pour ça. Probablement suite à la rage provoquée par cette injustice, cette femme a pu rejoindre sa fille par la suite.
  • Ils nous poussent, matraquent et gazent jusqu’à ce que nous soyons entassé-es les un-es sur les autres, sans possibilité de pouvoir bouger (moi-même j’avais les bras coincés en l’air afin de filmer et ne pouvait plus les baisser). On scande des slogans. Je regarde au sol et vois une matraque par terre, sûrement perdue dans l’adrénaline des coups assenés. Ils se mettent à nous pousser tout en matraquant abondamment en nous disant de reculer alors que nous sommes entourés par les crs. Nous ne pouvons pas bouger et nous nous faisons matraquer gratuitement.
  • Le temps passe, quelques slogans sont scandés (cf. vidéo). Cette situation est oppressante, j’espère que la vidéo vous donnera un léger aperçu de ce qu’on peut ressentir dans une nasse. Des personnes font la réflexion que c’est comme s’ils allaient nous fusiller un-es par un-es et que si ça continuait comme ça c’est ce qui allait finir par arriver. Des personnes situé-es sur les escaliers (elles aussi nassé-es) nous soutiennent avec des « libérez nos camarades ! ».
  • Un peu plus tard (la nuit était tombée), des gros médias (type bfmTV) nous filmait de l’extérieur avec de grands spots lumineux. Ils n’ont pas l’air d’avoir filmé les violences policières et se contentent de filmer des personnes nassées qui risquent de se faire blesser et/ou arrêter. Les crs situés du côté opposé à ceux qui nous avaient précédemment chargé se mettent à leur tour à nous charger, à nous matraquer et gazer (alors que, pour rappel, il nous était impossible de reculer). Une personne est blessée ; double coup de matraque sur la tête, une sur le front l’autre en haut du crâne. Il n’y avait aucun médic dans la nasse (où alors ils-elles devaient être occupé-es ailleurs) et j’ai donc dû ranger mon appareil ce temps afin d’aider à soigner le blessé. Une autre personne était vraiment mal suite à un gazage à bout portant et a mis du temps à s’en remettre.
  • Tout à coup nous sommes libérés de la nasse, mais je n’aurais pas beaucoup de détails à donner à ce sujet (j’étais occupée avec les 2 blessés). Les rues sont toujours bloquées par les crs, mais apparemment il y aurait des ouvertures. Et nous apprenons qu’une manif sauvage se déplace vers République.
  • Nous nous rendons donc à la place de la République (des camarades sont déjà là-bas). Des accès sont bloqués par les crs mais il est possible de passer à certains endroits sans contrôle. Des tags comme « ni patrie ni patron, ni Lepen ni Macron » viennent d’être apposés sur la grande statut de la place. L’idée est de partir en cortège, mais les rues sont bloquées. La foule commence à se diriger vers une issue bloquée afin de passer le barrage et de pouvoir manifester librement. Rapidement des lacrymos sont envoyées en masse. Des feux d’artifices et petits projectiles sont jetés sur les crs. Tout le monde fini par reculer devant le nuage lacrymo, regagnant la place.
  • Afin de pouvoir quitter cette place, il est essayé de passer par une autre rue. Mais les crs sont en nombre et ne nous laisse pas passer. Des feux d’artifices leurs sont de nouveau envoyés dessus, les lacrymos se mettent à pleuvoir. Comme depuis le début je filme (ce qui me semble important à filmer de la façon la plus safe possible). Il y a tellement de gaz que les camarades font machine arrière, en courant pour une partie. Je ne me suis pas encore arrêtée de filmer, mais me retourne afin de rejoindre les autres et sortir des lacrymos.
  • A ce moment précis, où je me retourne, je sens d’un coup une vive douleur au niveau de la cuisse. Je comprend de suite qu’il s’agit d’un flashball ou d’une grenade et la douleur devient quasi instantanément insupportable. Je ne peut plus marcher, alors-même que j’essaie de toutes mes forces, de peur que les crs chargent, tabassent et arrêtent les gens à portée, comme cela se passe régulièrement. Des médics viennent m’aider (encore un gros merci à elles-eux) et me mettent sur un banc. Je ne peux vraiment plus marcher et ils décident d’appeler les pompiers. Je finirais cette nuit aux urgences de l’hôpital, y rencontrant d’autres blessés plus graves que moi (jambe ouverte profondément, blessure à la tête) et où depuis la veille, des militan-tes ne cessent d’affluer.
  • Juste afin de donner un ordre d’idée, ça fait à présent plus d’une semaine et la douleur, si elle a diminuée, reste tout de même toujours incapacitante, la nuit pour dormir et le jour pour marcher.

Ma vidéo du 23 avril ->

Mes photos de cette soirée ->

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PS : Je m’excuse pour les oublis, il s’est passé tellement de choses que j’ai essayé de rester assez concise mais il se peut que des situations percutantes aient eu lieu sans que je ne les remarque à ce moment là (je n’étais qu’à un endroit à la fois et n’ai pas vu les autres visions des personnes qui étaient ailleurs, dans l’autre nasse, à l’extérieur ou au sein d’une manif sauvage avant ou après République ; et même dans la nasse où j’étais il y a certainement des choses qui m’ont échappées. Si vous trouvez que des éléments devraient être ajoutés à l’article n’hésitez pas à me le faire savoir 🙂 Comme précisé, il s’agit là de mon aperçu ; bien d’autres choses se sont passées ce soir là …).

Nad ~

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